L'Etranger

7 au 10 novembre

Mardi 7 novembre 2017

Avec mon père nous avons eu une longue discussion, il voudrait que je reprenne ma prépa, au moins un cours par semaine en même tant que l’hospitalisation pour me confronter à la réalité et voir s’il y a un réel changement. Il n’est pas convaincu par cette hospitalisation alors j’ai dû lui expliquer que pour moi c’était la dernière solution, sinon j’aurais sûrement fait une tentative de suicide et j’en serais au même point. Il était vraiment choqué de mes propos, surtout quand j’ai rajouté que si je ne voyais pas de changement à la sortie ça serait le même débouché.

Demain Christophe part et d’autres s’en iront aussi dont Q, ça me fait de la peine, maintenant que j’avais enfin des amis.

Plus je traîne avec Q, plus je vois à quel point il est susceptible, il voit le mal partout dans des petites actions souvent ironique contre lui. Il s’est fâché comme ça avec trois patients déjà.

La vie pour moi à la clinique continue, entre les repas aux heures piles, les médicaments, les activités, thérapie, pause clope et visite des médecins/infirmiers/aide soignante/femme de ménage.
Je m’y suis vachement bien accoutumé, maintenant je commence à avoir peur de mon futur, je crois que je suis bien mieux ici qu’ailleurs. Ici au moins, je prends le t’écrire, de penser, de lire et m’adonner à la marche, une élévation. Tout ce que je ne ferais pas dans ma vie actuelle, je travaille aussi, je ne perds pas une miette de mes cours.
Je me demande à toi, celle du futur, si tu as su devenir quelqu’un de bien, de fiable et de stable ?

J’aimerais que souhaite que ta vie soit un éternel retour, de tel sorte que tu veuilles la vivre indéfiniment.

Tout à l’heure la psychiatre est passé en me disant qu’elle était inquiète pour moi, donc je vais passer des scanners, un encéphalogramme, la semaine prochaine et une prise de sang. Elle m’a demandé si je n’entendais pas des voix, je suppose donc qu’elle en déduit que je suis peut-être schizophrène car elle fait tout pencher dans ce sens, en me demandant si je pense interférer avec les pensées des autres. Quoi qu’il en soit elle m’augmente l’Abilify, j’ai peur d’être dorénavant encore plus fatigué pour écrire.

Ce soir je suis sortie prendre un verre avec Q, c’était sympas mais j’en viens à rigoler car je suis toute pompette rien qu’avec un verre d’alcool fort.

J’ai envie de rentrer chez moi… Pourquoi je dois rester ici ? J’en ai marre de devoir être conforme, je suis dans un putain de programme de lobotomisation. D’un autre si je ne faisais ça pas ça je me restreindrais l’accès à d’immense richesse.. Je veux aller mieux, c’est primordiale, mais comment aller plus vite ? J’ai envie de prendre une boîte de médoc, ce qui ne se fera certainement pas ici, j’ai envie d’en finir.
Je n’aime pas tout ces gens, j’ai juste envie qu’ils meurent, ce sont eux la cause de mes problèmes, je ne supporte pas. Pourquoi je dis tant d’ineptie ? He ho ! Medoc fait ton boulot ! Empêche moi de penser à ça comme tu sais si bien le faire !

Chaque matin je me réveille pour une nouvelle vie, alternant chaque monde parallèle l’un après l’autre. Hier j’étais en école d’infirmière, je n’ai jamais échoué à ce concours, je suis à Bordeaux et je mène une vie heureuse, aussi heureuse que celle de ma sœur dans sa ville. Demain peut-être que je serais enfin chez moi avec une boîte de médoc dans la main et son contenu dans mon bide.
Ma réflexion me fait penser à la secte de 'jeudi dernier', le concept est simple, ta vie a commencé jeudi dernier, avant rien n’existait et tout tes souvenirs ont été créer pour toi. C’est en Amérique que ça se passe, un coin bien sympas hein.

Bien à vous, bien à moi.

Clinique mercredi 8 novembre 2017

Aujourd’hui Christophe s’en va, je lui ai fait mes adieux, on lui souhaitant une bonne fête de mariage, il re-mémore ainsi son mariage d’il y a 15 ans.

Je suis sortie fumer sans prévenir Q, puis je suis tombé nez à nez avec lui, il m’a dit que j’essayais de l’éviter ironiquement et que j’oubliais qu’il existait à la minute ou je ne le voyais plus.
Je sais bien qu’il rigole mais c’est tout de même traducteur de beaucoup d’inquiétude, je suis inquiète pour lui, en plus sa sortie à était retardé d’une semaine à cause de ces angoisses qui reviennent à grand pas.

Ce matin je suis censé voir le médecin généraliste, ça me stresse toute ces allée et venue. De plus mes visions (des sols et des murs qui bougent) ce sont vachement atténués, j’ai peur qu’on me traite de menteuse alors que pourtant je les aies réellement et je les vis toujours actuellement. Au pire ils m’examineront pour me dire que tout va bien. Il vaut mieux plus de peur que de mal.

Ils m’ont également augmenté l’ABILIFY de 15 à 20mg, mais répartie en deux fois, c’est à dire 10mg le matin et 10 le soir.

Clinique jeudi 9 novembre

Ce matin j’ai passé un électro encéphalogramme, c’était dans les bâtiments de l’asile, (enfin plutôt du centre hospitalier), de grande bâtisse gigantesque. Je suis arrivé et on m’a tout de suite prit en charge, pas une seconde d’attente, on m’a posé sur la tête du gel (pâte à sel) et des électrodes tenu par une sorte de casques en plastiques me tenant fermement le menton. J’avais du mal à déglutir malgré le fait qu’elle me l’est desserré.
Les exercices se faisaient allongés, des temps de 2 minutes, ou je devais respirais plus ou moins fort, fermer ou ouvrir les yeux et être stimulé pendant quelques temps par des lumières.
J’ai entendu les infirmières dirent que c’était également utilisé pour détecter l’épilepsie, j’aurais les résultats des lundi matin.
Bien à vous, bien à moi.

Clinique vendredi 10 novembre

Aujourd’hui était une bonne journée, je suis allée chercher mes cours auprès d’une camarade de classe, j’ai pris le bus sans trop de difficulté disons juste que je garde une sensation d’étrangeté, je ne sais pas comment me comporter, ni qui être. Je me répétais lors du trajet que les éléments étaient contre moi, la lumière m’agressait, les gens m’agressaient, les caisses de fer tout autant et que le reste du monde ne tournait pas rond.
Ce soir j’ai discuté avec Q, il voulait savoir s’il aurait eu une chance de sortir avec moi si nous n’étions pas ami, j’ai répondu que oui, qu’il me plaisait, il était heureux d’entendre cette réponse et je savais que je n’aurais pas pu lui répondre autre chose, je ne veux pas blesser les gens.
J’ai également vu Mélissa, on a discuté, elle a parlé de moi à F, mon ex, qui souhaite me revoir, mais j’ai peur qu’il me trouve laide maintenant, maintenant que je suis sans saveur ni substance, engrossé de 16kg de plus et qui en plus de tout ça béguait.. Je ne veux pas qu’il me revoit ainsi..
Bien à vous, bien à moi.