L'Etranger

Merci

8 a.m : Sur mon banc des femmes sont arrivés, ''Ce n’est pas trop dur ? Tu es là depuis combien de temps ?'', je n’étais pas vraiment au bon endroit, c’était la pause clope de tous les internés, ''Non, non, je ne suis pas interné ici, je viens seulement pour un rendez-vous''. Elles étaient super gentilles, elles parlaient de leurs activités de la journée, notamment la couture, elles m’ont aussi dit qu’un petit chat gris était habituellement là tous les matins. Quand elles ont enchaîné sur les livres fantastiques j’ai parlé du trône de fer, personne ne le lisait mais une des femmes regardait la série. Je m’en suis allé quand les hommes internés ont rejoint les femmes. (J’ai d’ailleurs acheté cette journée là le livre Ubick).

9 a.m : Comme les dernières fois l’homme m’a serré la main un peu trop longtemps, j’en vois pas l’intérêt à part me tester. Il m’a demandé si j’avais fait mes exercices, j’ai répondu non, il m’a demandé des explications pour finir par me dire d’essayer au moins d’en faire 2 min par jour.
En suite il a testé deux méthodes sur moi, évidemment je connaissais le stratagème car j’avais vu une émission à la télévision sur les tocs et les infirmiers utilisaient cette méthode pour faire dédramatiser une des patientes qui paniquait dans sa salle de bain car la douche était ouverte, sans serviette pour éponger le sol par la suite.
Le principe est simple prendre le problème et dédramatiser pour provoquer une prise de conscience qui calmera l’individu, je m’explique ci-dessous : (à propos de la femme de l’émission)
''Je vais partir du centre, ce n’est pas possible cette salle d’eau, je ne supporte pas !
-Pourquoi ça ?
-La douche est ouvert, il va y avoir de l’eau partout !
-Et alors qu’est-ce qui est grave ? Ce n’est pas grave s’il y a de l’eau partout.
-Non, non, je vais partir, je n’ai aucune serviette pour éponger, je, je..
-La salle de bain est en carrelage, ce n’est pas un problème si l’eau n’est pas épongé, une femme de ménage passe en plus, quel est le problème ?''

Bref et caetera, vous voyez le principe, c’est intelligent, ça permet de relativiser, mais je n’ai pas apprécié cette méthode sur moi, ça me donne l’impression d’être idiote, qu’on se paie ma tête, je vous reproduis à peut près ma conversation : (on discutait des situations qui me posait problème, notamment la semaine dernière mon malaise à la terrasse d’un restaurant, juste du malaise pas une situation insupportable hein)

"Pourquoi c’était un problème d’être à cette terrasse au final ? Qu’est-ce qui c’est passé ?
-En faite tout allait bien, j’étais avec mon père mais en face de moi il y avait des gens, d’un coup j’ai remarqué qu’un homme en lunette de soleil me regardait, je me suis tout de suite senti mal.
-Qu’est-ce que ça vous a fait ?
-Je n’arrivais plus à me tenir normalement, une sensation de ''chute'' dans mon torse, sûrement de la honte.
-Il avait le droit de vous regarder, ce n’est pas grave, vous aussi vous regardez des gens parfois ? Pourquoi vous ne vous teniez plus ''normalement'' ? Vous vous disiez quoi dans votre tête à ce moment là ?
-Et bien je me disais qu’il fallait que je me concentre absolument sur mon père ou sur le chien à ma gauche mais pas non plus trop longtemps sinon ma tête allait resté ''bloquer'', il fallait que je garde mon cou flexible pour qu’il tourne normalement.
-Pourquoi ça vous gêne autant qu’il vous regarde ?
-Je trouve ça malsain, [je ne sais plus ce que j’ai dis, mais des conneries je pense, je n’ai rien dans la tête, je ne sais pas pourquoi ça me gêne donc j’ai essayé de m’en sortir pour raconter des choses car je ne savais pas]
-En faite vous avez peur de quoi ? Si ça devenait plus intense pour vous, qu’est-ce que vous feriez dans cette situation ?
-Je pense que je m’enfuirais ou que je m’énerverais. (Je ne sais pas pourquoi j’ai dis ''m’énerverais'' car je ne pense pas que je m’énerverais, mais il me poussait tellement à dire des choses que c’était dure de rester clair, il m’agaçait vraiment)
-Si vous vous énerveriez vous pensait qu’il arriverait quoi ? Au pire vous vous énervez et puis tant pis non
-Non, plutôt je fuirais je vous l’ai dis , mais si jamais je m’énerverais ça ne me plairait pas mais de toute manière ça n’aurait pas été possible dans ce cas-ci car je ne m’énerve que quand je ne suis pas en tords et pour ce coup-ci je n’étais pas tout à fait sûre qu’il me regardait comme il avait ces lunettes.
-D’accord mais si vous vous étiez énervé contre lui, ça aurait fait quoi ?
-Je ne sais pas, je n’aurais pas aimé le blesser.
-Vous avez peur de penser quoi ? Imaginez que vous vous énervez, quels seraient vos pensées ?
-Je ne sais pas, je ne peux pas savoir.
-Si vous pouvez savoir, dites les moi, ce n’est pas grave.
-Non, je ne peux pas imaginer car je ne veux pas que ça arrive et de toute manière ça n’arrivera pas.''

La conversation à continuer encore longtemps comme ça avec insistance, c’était vraiment pesant, je me sentais mal car il m’énervait vraiment. Mais à la fin il m’a dit qu’il ne faisait pas ça pour me juger, je ne suis pas bête, je l’ai bien compris comme je connaissais ça méthode, en tout cas ça marche, c’est vraiment agaçant.

De fil en aiguille je lui ai dis que je détestais les gens car ils étaient mauvais, avec tout mes arguments il m’a demandait si je voulais m’engager dans la ''sainteté'', j’ai répondu que non, je ne comprends pas pourquoi il m’a demandé ça, ça n’a pas de sens.

Il continuait sa méthode ne me disant que les gens étaient mauvais selon moi mais que ce n’était pas le cas, en me précisant que lui n’avait pas de problème avec les gens, qu’il ne partageait pas mon opinion et que peu de gens devaient le partager, il m’a prit l’exemple de l’amie qu’il me restait, il m’a dit ''Tu vois, ton amie, elle a une vie normale et elle discute aisément avec les gens c’est qu’ils ne sont pas si mauvais que tu le prétends.''

Je n’aimais pas qu’il soit autant impliqué dans la conversation, il faisait de grand geste, parlait fort, il n’était pas calme, peut être que je l’exaspérais ? En tout cas d’un coup le téléphone à sonné, son prochain rendez-vous était arrivé.

Au final il m’a dit que c’était un problème que j’ai arrêté ma vie, que son but était de me trouver un équilibre en changeant peut être ma manière de penser.

Voilà, voilà, j’ai passé beaucoup de détails, mais il m’a tellement énervé que je n’ai pas envie de les écrire, pourtant c’est vraiment intéressant, j’en rajoute une :

Je ne sais plus pourquoi mais on en est venu à ça ''Ma sœur fait sa gentille avec moi, maintenant que je vais mal, alors qu’avant elle a toujours été dégueulasse avec moi, je la déteste, mais vous savez elle le sait bien. Mon père c’est pareil dès que je suis malheureuse il fait tout pour moi et dès que je suis heureuse il est dégueulasse.
-Il faut arrêter de supposer, elle ne doit pas le savoir, vous devriez parler avec elle.
-Je vous assure qu’elle le sait, elle l’a lu sur le papier.
-Vous ne pensez pas que c’est peut être à cause de votre comportement que les gens sont ''dégueulasses'' ? Souvent on reflète aux autres notre propre miroir.
-Donc vous dites que c’est moi qui suis mauvaise ?
-Non je ne dis pas ça, mais vous savez par exemple et je prends bien l’exemple, je ne parle pas de vous, certaines personnes ont des phases maniaques où elles ne se rendent pas compte de leur comportement avec les autres dans leur phases excessive, d’un coup l’autre n’est plus du tout un problème. Peut être que vous, vous ne vous rendez pas compte que votre comportement induit la réaction négative de vos proches. Réfléchissez à ça pour la prochaine fois.''

Après ce rendez-vous, je suis allé manger en ville avec mon père, il ne veut pas entendre parler de mes rendez-vous, mais je lui ai quand même demandé si j’étais une personne méchante.
''Ce n’est pas le soucis.
-Comment ça, ça veut dire que je suis une personne méchante alors ?
-Non c’est juste que ce n’est pas ça le problème.
-Donc je suis méchante, explique moi le problème !
-Je te dis, ce n’est pas ça le soucis, c’est juste que t’es un ''nombre complexe''.
-Comment ça ? (Je rigolais à mort pendant toute la conversation car il me donnait des exemples débiles que j’ai oublié)
-Et bien tu vois la ligne des nombres complexes c’est ça (il forme un T avec son bras).
-Bah c’est bien je suis en parallèle de la réalité alors.
-Non non pas du tout ! Tu vois bien que les lignes sont pas du tout parallèle.
-C’est vrai, mais au moins ça se rejoins !
-Oui mais c’est au chiffre 0 que ça se touche.
-Ah mince, mais dis moi en plus !
-Je te le dis une fois : Je te supporte plus, tu m’énerves tellement, tu m’as jamais autant énervé que cette année, je ne te comprends pas du tout, c’est comme ci t’étais dans un monde imaginaire.
-Pourtant pour moi ça n’a jamais été aussi réel que cette année.
-Allez stop !''

Bien à vous, bien à moi. (ps : C’est vrai qu’on ne me comprends pas, tu me comprends toi ?)